Transhumances urbaines : un chez soi à réinventer

Mobilité et Habitat

Back to top

Envoyer à un ami

Imprimer

Partager

Transhumances urbaines :
un chez soi à réinventer

Comment réinventer son habitat lorsque l'on doit le séparer entre son lieu de résidence et son lieu de travail ?

 

Couper sa vie en deux en travaillant hors de la commune de résidence est un mode de vie de plus en plus courant, que ce soit par choix ou par obligation. 

L’évolution des métiers, le recul de l’emploi, les zones de construction et l’attraction pour un environnement agréable sont les raisons de cette situation.  

Ce mode de vie entraîne ce qu’on appelle des «migrations alternantes», des déplacements entre les lieux de travail et les lieux de vie. Et ces migrations ont un coût et entraînent des répercussions sur l’organisation d’une journée, d’une semaine, d’une existence, notamment au sein des familles. Souvent fatigante et déstabilisante, cette césure pourrait pourtant être envisagée comme un atout, à condition d’en saisir tous les avantages et de ne pas avoir peur de vivre plusieurs semaines en seulement 7 jours. 

 

Des migrations et des «migrateurs» en augmentation constante.  

 

La proportion des migrations alternantes varie selon les régions, l’étalement urbain et la division des activités. Récemment, les zones urbaines ont vu leur population conserver leur emploi dans le pôle urbain mais déserter la ville pour habiter des régions périurbaines plus confortables, à la recherche de cadres de vie plus sains et plus calmes. 

En 1982, un actif Français sur 2 quittait sa commune pour se rendre à leur travail. La proportion n’était que 44% en 1975 et n’a pas cessé de croître depuis: en 2005 en France, 3 salariés sur 4 quittaient leur lieu de résidence pour aller travailler. Les actifs qui résident dans les couronnes périurbaines, moins bien pourvues en emplois que les pôles urbains, sont les plus mobiles : ils travaillent rarement dans leur commune de résidence et font des déplacements plus longs, tant en distance routière qu'en temps de trajet. Les salariés habitant dans l'aire urbaine parisienne se distinguent de ceux qui résident dans les grandes aires urbaines de province par des temps de trajet relativement longs, malgré des distances parcourues plus courtes. Les cadres et les ouvriers parcourent des distances nettement plus grandes que les autres catégories professionnelles, et depuis 2001, les femmes sont aussi mobiles que les hommes. Entre 1982 et 1999, le taux de personnes qui habitent et travaillent dans une même commune régresse de pratiquement 10% à chaque recensement. (Insee)

En Ile de France, les mouvements pendulaires de Paris à la banlieue sont très fréquents. De par le recul de l’emploi parisien intra muros, le poids économique de la proche banlieue et l’élargissement des zones d’influence des villes nouvelles, les franciliens ont été amenés à beaucoup se déplacer pour aller travailler. En témoignent le trafic automobile entre la capitale et ses banlieues, ses bouchons et son impact environnemental. L’IAU (l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme) estime à 1,2 millions le nombre de véhicules qui circulent quotidiennement sur le périphérique. Le nombre de déplacements quotidiens en Ile de France serait de 15 millions, que ce soit entre Paris et la banlieue ou d’une banlieue à une autre. Quant au temps que cela prend, les trajets domicile-travail représentent la majeure partie du temps consacré à se déplacer et est estimé à 100 minutes quotidiennes, quel que soit le transport utilisé. 

Les migrations alternantes s’observent également entre la France et ses pays frontaliers; les niveaux de salaires, de loyers ou de fiscalité changeant d’un pays à l’autre, un grand nombre de Français traversent la frontière chaque jour. On assiste depuis quelques années à une hausse généralisée du nombre de travailleurs frontaliers français: ceux-ci choisissent d’exercer leur activité en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne, ou encore en Italie, tout en résidant en France. En Suisse, par exemple, les salaires élevés et les avantages fiscaux ont attiré 180 000 frontaliers en 2007, dont plus de la moitié étaient Français (Office fédéral des migrations). Et le Luxembourg, à la même période, comptait près de 37% de population étrangère travaillant sur son territoire, dont un tiers de Français. («Travailler à l’Etranger», Studyrama)

 

Un phénomène grandissant qui a des conséquences sur le quotidien et la construction de soi. 

 

Au delà des répercussions environnementales engendrées par les trafics quels qu’ils soient, ces transports influent également sur la vie privée de tous les jours. Les moyens de transport en commun, les temps de trajet et d’attente, les conditions de déplacement, le confort, les pannes, les incidents et les accidents.... autant de désagréments ressentis au cours du trajet qui ont des effets généralement négatifs: 

l’équilibre familial est perturbé, le temps consacré aux simples loisirs est réduit, le coût entraîne des privations, le stress augmente, on fait moins de rencontres... bref, l’amertume du «métro-boulot-dodo» se ressent chaque jour. 

 

D’après une étude de l’ Observatoire Régional de la Santé au Travail en Ile de France (ORSTIF) réalisée en Février 2010 , il apparaît que 65% des employés «migrants» quittent leur domicile entre 7h et 9 du matin, 52% effectuent un retour au domicile entre 19h et 20h ,et 25% après 20h. Ces actifs consacrent en moyenne 2 heures par jour à leurs déplacements domicile-travail et pour la moitié d’entre eux, en utilisant et les transports en commun et la voiture. 

De plus, ces 2 heures quotidiennes ne se déroulent pas sans encombre, loin de là. Pour 69% des actifs, les transports en commun subissent des retards réguliers de 10 à 20 minutes. Il faut donc anticiper à l’aveuglette en consacrant encore plus de temps aux transports. 

Concernant le confort même de ces transports, la satisfaction n’est pas probante non plus:

que ce soit à cause des odeurs, de la chaleur, du bruit, des embouteillages ou des incivilités, 56% des sondés estiment être gênés lors de leurs déplacements. Les accidents sont assez redoutés, qu’ils dépendent d’une baisse d’attention due à la fatigue, de la façon dont circulent les autres, ou des rapports conflictuels entretenus entre passagers et/ou conducteurs.  

Pour toutes ces raisons, les 3/4 des personnes contraintes de se déplacer chaque jour pendant plusieurs heures considèrent ce fait comme une source de désagrément. Il en résulte que pour 57%, ces désagréments ont des conséquences sur leur santé et sur leur vie professionnelle aussi bien que privée. 

De manière générale et à l’échelle du pays, l’Insee (in Les déplacements domicile-travail amplifiés par la périurbanisation, Mars 2007) nous apprend que pour les actifs qui se déplacent plus de 2h30 par jour afin de se rendre à leur travail, le stress est véritablement omniprésent. 

Il engendre des manques de performance et de motivation, des modifications de l’humeur, des fatigues, des douleurs diverses et une lassitude générale. Bien entendu, ces soucis ne disparaissant pas une fois le seuil du domicile franchi, ils ont des retombées négatives sur la vie privée.  

Au sein des familles, on observe le regret d’avoir moins de temps à consacrer à ses membres, moins de temps aussi pour la vie sociale comme les loisirs divers ou le sport. Une hygiène de vie perturbée pour tous par des horaires distendus et une sensation permanente de courir après la montre. 

Les célibataires, quant à eux, se sentent exclus des activités permettant de faire des rencontres et déplorent de ne pas avoir assez de temps libre pour se créer de liens sociaux.

 

 

La migration est à réinventer... 

 

Compte tenu de l’augmentation croissante de ces situations et de leurs désagréments notoires, tout porte à croire qu’une solution différente pour concilier la vie professionnelle et la vie privée s’impose.

Il serait très optimiste -voire utopiste- de miser sur une soudaine amélioration des conditions de transports ou sur le développement de zones alliant les possibilités diversifiées d’emplois à un cadre de vie agréable. 

Aussi, la possibilité d’une semaine en 2 parties mérite d’être considérée: l’organisation autour des jours ouvrés d’une part et du week-end d’autre part permettrait se concentrer sur chacune des parties. Au lieu de découper une même journée en plusieurs compartiments qui subissent tous les effets de ce découpage et empêchent d’être performants au travail et satisfaits dans sa vie privée et familiale, consacrer du temps intact à son travail sans que la vie privée en pâtisse, et, parallèlement, s’adonner à tous les plaisirs d’une vie normale, sans que les contraintes professionnelles ne viennent interférer. 

Il serait en effet regrettable d’avoir à abandonner un emploi en raison des déplacements qu’il nécessite, au même titre qu’il serait douloureux de devoir vivre dans une zone hostile pour se rapprocher de son travail. 

De plus, cela permettrait de ne pas céder à ce qu’on appelle le weisure time: le temps qu’on consacre à notre privée pendant nos horaires de travail et inversement, les tâches de travail qui empiètent sur notre temps «libre».  Ce phénomène concernait déjà 3 employés sur 4 en 2008 en Europe. (Randstad, 2008)

Aussi, vivre du lundi au vendredi près de son lieu de travail et retrouver son home sweet home pour le week end est une solution que de + en + de personnes adoptent. 

 

 

 

par M.F.

0 commentaire(s)

Ajouter un commentaire

Habitat Future ACT 20-24 rue Jacques Ibert 92533 Levallois Perret Cedex
Echanger, réunir,
construire

Médias