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Rencontres HFA du 24 juin 2010 Quels futurs pour l'habitat urbain ?

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Rencontres HFA du 24 juin 2010
Quels futurs pour l'habitat urbain ?

Retranscription de la première séance des "Rencontres HFA"

Pour cette première « Rencontre », Habitat Future Act a souhaité réunir ceux qui construisent, ceux qui réfléchissent et ceux qui vivent l’habitat autour d’une même problématique : quels sont les besoins et les attentes en matière d’habitat urbain et comment cet habitat va-t-il évoluer dans les prochaines années ? 

 


Cloud de Grandpré :  

 

 

Le thème des « futurs pour l’habitat urbain » est complexe car il prend en compte de nombreuses données. On peut cependant commencer par quelques chiffres : 

En 2007, 400 000 logements ont été construits. Sur ces 400 000, 200 000 étaient des maisons individuelles, et 200 000 de l’habitat diffus (à l’inverse de l’habitat urbain dense, ndlr). Or on sait que pour des raisons écologiques et sociales, le modèle de l’habitat individuel et diffus n’est plus le bon. 

Enfin, sur les 36 000 communes françaises, 17 000 n’ont pas de plan d’urbanisme, et sur ces 400 000 constructions, 80% ont été réalisées sans l’aide d’un architecte. 

 

On peut donc résumer la situation en ces termes : le futur de l’habitat urbain est-il un problème d’architecte ou d’absence d’architectes ? 

 

En effet, les architectes se battent et défendent une idée. Celle d’un habitat, d’un groupement, et celle la constitution d’une communauté de vie au sein de cet habitat. 

Comment le logement s’inscrit-il dans un habitat, dans une ville, dans un territoire ? 

Ce sont ces questions auxquelles l’architecte se doit de répondre, au delà de toute question économique ou politique. 

 

Pour nous, le futur de l’habitat doit être dense, et urbain.


Prenons pour exemple les maisons HQE et les efforts réalisés dans le domaine du développement durable : ces efforts n’aboutissent à aucune amélioration écologique pour les maisons individuelles car dès lors que l’on possède plus d’une voiture, on inverse forcément son bilan carbone ! A cela il faut rajouter le prix de l’essence, les assurances, les réparations… Le bilan économique et écologique des maisons individuelles est donc catastrophique. Enfin, on crée des ghettos diffus où les gens sont isolés, voire au pire en rupture sociale. 

 

Pour l’architecte, l’habitat du futur sera donc un habitat regroupé, du petit collectif. Il devra être symbole de création et d’innovation.  

 

Le vœux des architectes est donc de re-densifier la ville, surtout depuis l’évolution du paysage sociodémographique qui introduit de nouveaux besoins, notamment avec les familles recomposées (multiplication des logements, nécessité de flexibilité des espaces…).

Pour s’adapter, l’architecte doit faire un effort constant de réinvestissement intellectuel et de recherche sur la cellule, notamment par rapport aux espaces (de repos, de travail, chambre en plus ou en moins pour les ados…).

 

Un vaste chantier, donc.

 

 

Jacques Schmitt :  

 

 

L’habitat du futur n’est pas un terme utilisé par les habitants consommateurs. On parle de sa maison ou de son appartement, mais peu de « son habitat ».

 

L’habitat en outre évolue lentement. En effet, la majorité des logements de 2050 sont déjà construits.

 

Les consommateurs habitants prennent donc des logements déjà existants, et s’en approprient par le bricolage, la rénovation et la décoration.

 

Le futur n’est donc pas une question de futurisme pour la plupart des habitants, mais d’amélioration des réalités quotidiennes.

 

Quelles sont donc les attentes principales des consommateurs habitants ?

 

Tout d’abord, le confort : en 2008, on dispose de 1,7 pièces par habitant lorsque nous n’en avions qu’une en 1954. Cependant, lorsque l’on interroge la population, le manque d’espace est un sentiment ressenti par la plupart, accentué par l’augmentation du nombre d’objets dont on dispose : en 20 ans, on note une augmentation de 25 % du volume dans les déménagements.

 

Le besoin de luminosité est aussi un besoin fort, tout comme celui de rangements (aménagements pratiques), d’isolation (phonique et thermique), de localisation (rapports de voisinage et services de proximité).

 

A noter aussi le besoin de la diminution du temps passé pour les tâches ménagères, et les nouveaux besoins liés à l’augmentation du télétravail et des loisirs High tech.

 

Il faut aussi tenir compte des modifications de la cellule familiale : familles recomposées, donc besoins de flexibilité et de modularité. Avec le vieillissement de la population, renforcement des exigences de maintien à domicile (80% de la population souhaite rester chez elle), multiplication des demandes en services de proximité (pour les personnes âgées et les jeunes actifs), et enfin, des besoins accrus en espaces verts.

 

La vision des consommateurs n’est donc pas celle des professionnels.

 

L’habitant ne raisonne pas en termes d’investissement mais en termes de confort et d’économies.

 

L’habitat du futur sera donc la convergence entre les besoins des habitants consommateurs et l’adaptation de l’offre d’habitat à ces besoins.

 

 


Stéphane Hugon : 

 

 

« Se jeter dans le futur » 

 

Pour comprendre le rapport qui lie les personnes à l’habitat, il faut revenir à l’histoire et aux transformations des structures relationnelles : c’est parce que les imaginaires sociaux changent que l’habitat change. 

 

Cependant, ce qui reste flou, c’est la capacité de chaque famille à structurer l’imaginaire et la manière dont les hommes vont détourner et habiter un espace qui leur est offert. 

 

Dans l’imaginaire commun, l’habitat, c’est l’opposition entre l’individu et la masse, la célébration de la famille, de l’individu et de la bulle : pour être un sujet accompli, il faut avoir une maison. 

 

L’habitat est donc la cristallisation entre la bulle privée et l’espace public. Il est une enveloppe, une clôture, un portail, une sécurité qui fait que l’on est maître chez soi. 

 

Toutefois, on peut constater un déficit de relationnel dans l’habitat d’aujourd’hui, accentué par une appétence excessive pour les communautés (socialité technologique), notamment sur internet.

 

Comment concilier les deux ? 

 

L’habitat doit s’épaissir en services technologiques pour retrouver une intelligence du collectif, du quartier. L’habitat doit donc désormais gérer l’altérité et non plus l’individuel.

 

Car désormais l’habitat ne se limite plus à son logement : il devient une expérience qui dépasse le domicile. On peut retrouver de la domesticité dans l’espace public : les espaces privés et public deviennent poreux et permettent la flexibilité et les échanges.

 

Cependant, l’offre de service entre ces deux espaces n’est pas encore structuré : le passage entre le dedans et le dehors reste donc encore à créer.

 

 

 

Questions de l’auditoire : 

 

 

Comment à partir du bâti existant peut-on produire l’habitat urbain de demain ? 

 

 

Cloud de Granpré : La ville répond et répondra aux préoccupations de l’habitat de demain. Elle pourra montrer sa fécondité en termes de sociabilité, mais également en termes d'anonymat (par rapport aux villages). Il ne faut pas oublier que finalement, la ville, à la différence de l'habitat diffus, est notre cadre naturel : l'homme est le premier biotope de la ville. L'habitat de demain sera donc urbain, plus dense, plus vert, plus centré vers l'humain.

 

 

Quand on parle d’habitat, ne faut-il pas réfléchir aussi aux copropriétés, aux législateur, aux pouvoirs publics ? 

 

 

Jacques Schmitt : Les réunions de copropriétés donnent une idée du vivre ensemble. Si en théorie nous sommes tous armés pour vivre ensemble, en pratique il en est tout autrement. La cohabitation est compliquée. En effet ce n'est pas parce que nous vivons ensemble que nous allons nous entendre. Il ne faut pas plus de contrôle dans le collectif, mais finalement plus d’offre de collectif au niveau du chez soi et de l’intermédiaire. On a besoin des deux : du particulier et du collectif, car plus on on a un logement agréable, et calme, plus on est réceptif et plus on a envie d’aller vers les autres.

La copropriété, notamment pour questions d’énergie, est compliquée : il faut faire bouger les choses. Il faudra passer par des voies plus autoritaires et des incitations financières plus importantes pour que les primes énergies fonctionnent. C'est bien beau de faire du durable, mais tant qu’on ne parle pas d’argent, ça ne bougera pas.

 

 

La population comprend elle que la ville se doit d'être dense ?

 

 

Cloud de Granpré : Les architectes travaillent en ce sens et font de gros efforts de communication. L'expérience montre que quand le politique, les architectes et les constructeurs prennent le temps de discuter et de montrer des expériences qui marchent, la population se rallie à leur avis. Il faut avoir le courage de dire que le logement en tant que produit financier n’est pas la bonne solution. Qu'il faut une prise de conscience collective, avoir le courage de défendre ses idées. L'enquête nationale montre que 85 % de la population souhaite un logement individuel : il faut donc avoir le courage de montrer que cela n’est pas la bonne solution. Il y a de la politique urbaine à faire, et il faut en avoir le courage d'en discuter.

 

Stéphane Hugon : La politique de la ville n'est pas à encadrer, mais à recevoir, comme en témoignent les succès des événements urbains récents (flashmobs, fête des voisins, Paris plage...), qui mêlent collectif, particulier et festif. Les nouvelles technologies accentuent et témoigne t de cet appétence pour le collectif, car elles amplifient la cohésion et la communication dans le milieu urbain (Peuplade...)

 

Fabio La Rocca : On peut aussi parler du quartier numérique. L'animal humain a la volonté de vivre avec les autres. La fête des voisins, les fêtes de loisirs : on sent l’envie d’être avec les autres. On se rend compte que l’on ne le connaît pas son voisin, mais que finalement on en a besoin. Ce désir se voit donc dans tous ces types de manifestation. De même, il faut souligner le rapport avec la rue qui n'est plus uniquement un passage, mais qui doit être intégrée à l’habitation, en tant que zone de dialogue, de communication,  pour devenir un lieu de rencontre avec l’autre.

 

Jacques Schmitt : pour revenir sur la problématique de la densité : la population pense que densité = tour. Mais il ya d’autres formes de densité, et les architectes sont là pour en témoigner. On peut faire du dense, sans forcément être dans un immeuble haut, ettout en gardant une notion de nature. On peut densifier la ville tout en la gardant agéréable à vivre. 

 

M. Cloud de Grandpré 

 

Président du Réseau des Maisons de l'Architecture 

Conseiller de l’ordre National des Architectes 

Architecte associé de Fractales (agence d’architecture) 

 

DEA histoire / pratiques et théories urbaines 

Diplôme architecte DPLG 

 

Réalisations architecture :

Maisons et appartements privés

Entretien et maintenances immeubles

Réhabilitation de HLM

Bureaux, immeubles

Equipements collectifs

 

Urbanisme :

Etudes réhabilitation et aménagement de cités HLM, quartiers anciens

 

A enseigné à l’ASSERP, INSEE, institut d’aménagement de Nanterre, Ecole d’architecture de Paris la Villette

 

 

 

M. Jacques Schmitt

 

Délégué Général de l'association Cap Consommateurs Habitants.

 

Cap consommateurs habitants : association créée en 1994 qui regroupe, aujourd’hui, près d’une trentaine d’acteurs professionnels, de tous les secteurs d'activité pouvant contribuer à satisfaire les besoins des consommateurs habitants.

Objectif : Préparer l'habitat de demain, en partant des préoccupations, des attentes et même des rêves des consommateurs , concernant leur habitat....depuis la conception et l'aménagement des espaces, jusqu'aux équipements et fournitures de produits et services à domicile

Méthode : partage des connaissances lors de débats, forums et séminaires

 

 

M. Fabio La Rocca

 

Docteur en sociologie, chercheur au CEAQ (Centre de recherche sur

l'Actuel et le Quotidien), responsable du Groupe de Recherche sur

l'Image en Sociologie, Université René Descartes, Sorbonne Paris V

 

Thématiques de recherche :

Sociologie Visuelle, Ville, Espace Urbain et Architecture, Image et Imaginaire, Communication, Culture Visuelle, Nouvelles Technologies.

Formation Universitaire

2008 : Docteur en Sociologie de l’Université Paris Descartes – Sorbonne. Thèse sur le thème «Vision (s) de la ville postmoderne. Une perspective de sociologie visuelle». 

2002 : D.E.A. en Sociologie: «Un voyage dans la ville–L’esthétique de la ville postmoderne », mémoire seconde avec B. Valade : « Non lieux : territoires de la ville et perspective visuelle ».

 

Responsabilités collectives

Depuis septembre 2007 : Secrétaire du CEAQ – Centre d’Etude sur l’Actuel et le Quotidien, (EA1511) Université Paris Descartes – Sorbonne.

Depuis 2004 : Membre fondateur et responsable du GRIS (Groupe de recherche sur l’image en Sociologie).

Coordinateur éditoriale de la revue Les Cahiers Européens de l’Imaginaire (CNRS éditions).

Membre du comité de coordination  de la revue Sociétés (Ed. DeBoeck).

Membre du Groupe « On Walls », groupe de recherche indépendant sur les pratiques des graffitis et la relation entre le mur et la ville.

 

 

M. Stéphane Hugon

 

Docteur en sociologie, chercheur au CEAQ, responsable du Groupe de Recherche sur la Technologie et le Quotidien, fondateur d'Eranos (cabinet d’études sur les imaginaires sociaux contemporains)

 

Thématiques de recherche :

- la construction du lien social et des identités dans les environnements en ligne et/ou techniquement assistés.

- les appropriations sociales de la technique dans la vie quotidienne,

- les esthétiques sociales et relationnelles à travers les médias d'image et de réseau

- la question du rapport à l'espace (médiatique, virtuel, et/ou techniquement *augmenté*) et la mobilité dans la construction du lien social et groupal. 

Travaux actuels :

Dans le cadre du cycle "Paysages, technologie, socialité", au GRETECH, animation d'un travail collaboratif sur l"Espace anomique", rapporté à un questionnement sur les rapports de l'espace technologique et des formes de socialité.

Thèse de doctorat :

 

Circumnavigation. La construction sociale de l'identité en ligne.

 

par S.S

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Repère

 

Intervenants : 

 

Cloud de Grandpré : Président du réseau des maisons de l'architecture et membre du conseil national de l'ordre des architectes 


Jacques Schmitt : délégué général de l'association Cap Consommateurs Habitants 

 

Fabio La Rocca : Docteur en sociologie, chercheur au CEAQ (Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien), responsable du groupe de recherche sur l'image en sociologie, Université René Descartes Sorbonne Paris V 


Mr Stéphane Hugon : Docteur en sociologie, chercheur au CEAQ (Centre d'Etudes sur l'Actuel et le Quotidien), responsable du groupe de recherche sur la technologie et le quotidien, fondateur d'Eranos. 

 

Animateur : 

 

Gabriel Milesi : Président de Habitat Future Act