Le chauffage est une question essentielle lors de l'acquisition ou la location d'un bien car il reste un des premiers postes de dépenses des ménages. Quelles solutions pour respecter confort, économies et écologie ?
Depuis qu'il a domestiqué le feu, l'homme a appris à réchauffer son lieu de vie. Quelques milliers d’années plus tard, en octobre 2008, la première loi Grenelle votée à l’Assemblée Nationale faisait les gros titres et relayait un souci global. La sensibilité écologique s’en ressentait. La problématique du chauffage et de la climatisation des bâtiments occupait une place prépondérante dans les enjeux énergétiques et environnementaux. Pourtant, ce qui se passe dans les chaumières contredit cet intérêt politique et citoyen. Le rapport du Grenelle de l’Environnement concluait par : «les comportements des ménages ne sont pas encore orientés vers des pratiques économes ».
Autrement dit, malgré les discours, les Français sont toujours gourmands d'énergies fossiles.
Les moyens de chauffage les plus répandus ne répondent pas aux problématiques environnementales.
Les moyens de se chauffer et de se climatiser les plus répandus nécessitent l’utilisation du gaz, de l'électricité, du charbon et/ou du pétrole. C’est à dire, des énergies fossiles et polluantes.
Pourtant, les estimations scientifiques sont unanimes: les réserves de charbon s’épuiseront d’ici 200 ans, celles de gaz naturel, dans 100 ans et nous viendrons à bout de notre pétrole dans une cinquantaine d’années... Parallèlement, l’inquiétante augmentation d’émission de gaz à effet de serres, responsable du réchauffement climatique, nous pousse à consommer toujours plus de chaleur l’hiver et de fraîcheur l’été.
En Europe, notre consommation totale d'énergie primaire est consacrée en grande partie au chauffage et à la climatisation: Le chauffage (incluant la climatisation) est une activité qui a un impact environnemental important : les usages résidentiels et tertiaires en France en 2005 représentaient 20% des émissions de gaz à effet de serre, et le chauffage des habitations et lieux de travail représente 75% de ces 20%, donc 15% du total (ORMEE l'Observatoire sur le Relais Médiatique des Enjeux Energétiques, 2006). Pour toutes ces raisons, les techniques de chauffage et de climatisation les plus répandues, ainsi que leur consommation excessive sont de plus en plus remises en question.
Le chauffage électrique, le plus courant en France et pourtant le plus néfaste
La France s’illustre par un taux record de 30% de chauffage électrique alors qu’au Luxembourg, il est de 15%, en Allemagne de 5% et reste interdit s’il y a du chauffage urbain ou au gaz. En Belgique, il est impossible d’en faire la publicité et au Danemark l’installation d’un chauffage électrique dans les constructions neuves est tout simplement bannie.
L’option « tout électrique, tout nucléaire » des les années 70 a conduit la France à une utilisation massive du chauffage électrique au titre de son « indépendance énergétique ». Dans les années 90, la pénétration de l’électrique dans le logement neuf a connu son apogée : après la simplicité d’installation ou les faibles coûts d’investissement, EDF et les vendeurs de converteurs tenaient un nouvel argument : la quasi absence d’émissions de gaz carbonique, le principal gaz à effet de serre.
En effet, en France, près de 80 % de l’électricité provient du nucléaire, néanmoins le chauffage électrique fait appel à de l’électricité d’origine fossile responsable d’émissions de CO2. Et, en hiver, la pointe de chauffage y est bien souvent satisfaite avec des moyens de production fossiles. (Les cahiers de GLOBAL CHANCE - N° 25 - septembre 2008). Au delà de ces émission de CO2, à peu près similaires à celles du chauffage au charbon, il produit aussi des déchets nucléaires. A son coût social et environnemental viennent s’ajouter des faiblesses notoires : une chaleur mal répartie, un brassage des poussières contre-indiqué pour les personnes allergiques et une gourmandise en énergie (Etudes Greenpeace, le chauffage électrique en France, 2005 & Eurofuel Group/Ademe, les chiffres clés du bâtiment, 2003).
Le chauffage au gaz, un impact environnemental moindre mais une ressource non renouvelable.
Les grands pays consommateurs de gaz sont des pays développés : les Etats Unis, le Canada, et l’Argentine. Sa consommation augmente chaque année (+ 41% sur 15 ans depuis 1990), plus rapidement même que celle de pétrole. Le gaz naturel est actuellement la troisième source d’énergie la plus utilisée dans le monde après le pétrole et le charbon (Etudes Ademe, 2005 et Total, 2005). Un ménage français émet en moyenne 15,5 tonnes de CO2 par an et la moitié de ces émissions sont directement le fait de ces usages privés de l’énergie. Dans les émissions privées, le chauffage du logement arrive en seconde position : 38% de la consommation de gaz naturel en Europe est destinée au secteur résidentiel/tertiaire pour la production d’eau chaude et du chauffage des particuliers (Ademe, 2006).
Le chauffage au gaz est une des énergies qui produit le moins de CO2, mais il n’en demeure pas moins une ressource non renouvelable dont les réserves s’épuisent. La demande mondiale en gaz a augmenté de 2,5 % par an en moyenne ces dix dernières années en ce qui concerne les ménages. C’est une croissance sensiblement plus rapide que celle du pétrole mais ce niveau de croissance est rejoint depuis peu par celui du charbon: une forte demande énergétique mondiale et une hausse sensible des prix du pétrole et du gaz (9,7% en Mars dernier) ont provoqué un regain d’intérêt pour le charbon (Le Portail de la Science, dossier Le Gaz Naturel, Mai 2007).
Le chauffage au charbon : pourtant réputé pour son impact environnemental très négatif, il revient à la mode.
Depuis trente ans, le charbon représente un bon tiers de la consommation d’énergie primaire mondiale. Les principaux consommateurs sont la Chine, les Etats Unis, l’Inde, et la Russie.
Même si le chauffage individuel au charbon reste globalement minoritaire par rapport aux autres sources d'énergie, son utilisation dans les centrales thermiques pour la production d'électricité ou le chauffage urbain a connu récemment la plus forte croissance en termes de consommation (+ 6,5 et +8,8 % en 2003 et 2004). Dans le domaine de la production d’électricité, le charbon, dont la part est actuellement de 40 %, vient directement concurrencer le gaz naturel. (Le Point, 2005)
En Europe, la pénurie de charbon due à la Seconde Guerre Mondiale a engendré une forte augmentation de la consommation de bois, ainsi en Suisse pendant les dernières années du conflit la consommation était de plus de deux fois supérieure à la production naturelle. Mais la situation s’est inversée ces dernières années. Bien que son utilisation soit reconnue comme très polluante, aux Etats Unis, une centaine de nouvelles centrales à charbon sont en projet sur la période 2005-2013. La Chine, quant à elle, produit 79% de son électricité à partir du charbon. Pékin prévoit d'ajouter environ 70 nouvelles centrales à charbon par an; en 2006, 5 centrales à charbon étaient construites par semaine. Ce pays va devenir le plus gros émetteur de dioxyde de carbone (CO2) selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et le charbon en sera le premier responsable avec, à lui seul, les trois quarts des émissions de CO2.
Le chauffage au Fuel/Mazout: une solution impopulaire qui doit faire ses preuves.
Les principaux pays consommateurs de pétrole sont, sans grande surprise, les pays développés d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Champions de la consommation de pétrole : les Etats-Unis. Avec un peu moins de 5 % de la population mondiale, ils consomment le quart du pétrole produit chaque année. Et leur consommation ne ralentit pas : +22 % en 15 ans depuis 1990. En Asie, c’est l’explosion de la consommation. La Chine a quasiment doublé la sienne en 15 ans. (FranceTerme, 2006) Le fuel est un combustible dérivé du pétrole, utilisé notamment dans les chaudière. Il est classé, lui aussi, dans les ressources énergétiques fossiles, et sérieusement impliqué dans la pollution de l’air avec un impact négatif sur l’acidification de l’air, l’effet de serre, la pollution de l’eau et les risques toxiques. Cependant, lors de la 1ère journée Nationale du Fioul Domestique en Octobre 2007, l’organisme «Chauffage Fioul» et l’association «Ecofioul» ont réaffirmé leur engagement en faveur des économies d’énergie. Une expérience de "fioul vert" composé à 20% d’huile végétale pure est née. La Fédération Française des Combustibles, Carburants et Chauffage (FFCCC) suggère également la mise en place des mesures incitatives, comme le crédit d'impôt, pour l'entretien des appareils de chauffage ou l'installation de nouveaux matériaux, comme la chaudière à condensation.
Le bois enfin: une des plus ancienne source d'énergie aux solutions plus écologiques.
Dès la préhistoire, le bois a été la source d'énergie la plus répandue pour subvenir aux besoins de chauffage. Il a ensuite permis le développement d’industries voraces en énergie et qui nécessitaient des températures élevées: il était alors transformé en charbon de bois, ensuite remplacé par le charbon de terre, avec le développement de l'extraction de la houille. Aujourd’hui, ce qu’on appelle le «Bois Energie» suscite un véritable enthousiasme en raison du prix des énergies fossiles sus-citées, de sa disponibilité et de son caractère renouvelable si le bois est produit par une gestion durable des forets. La combustion du bois comme source d'énergie a un bilan carbone neutre du point de vue des émissions atmosphériques, dans la mesure où le bois est exploité comme une énergie renouvelable. D’autre part, outre le confort qu’il offre aux ménages, il possède l’avantage de contribuer positivement à l'environnement économique: d’abord, il a un impact très fort sur l'aménagement du territoire par la gestion des forêts qu'il engendre; ensuite, il développe l'économie de proximité par les emplois qu'il induit.
La France s’en réjouit et doit sa place de premier producteur européen de bois-énergie essentiellement au chauffage domestique. Dans l’habitat individuel, plus de 5 millions de ménages sont équipés d’un chauffage au bois. (EuroObserver, Systèmes solaires n° 169 - Baromètres du bois-énergie, Oct. 05)
La mauvaise conscience écologique Face à ces chiffres, comment faire pour respecter la température de confort estimée à 19°C pour les pièces d'habitation, notamment dans les pays aux hivers rigoureux ou aux étés caniculaires ? Le questions de l'isolation et de la rénovation des bâtiments anciens ne peut être dissociée d'une nouvelle offre en énergie, notamment en énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, géothermie...), encore trop faible (12% de l'offre d'énergie en France, en 2008). La faute certainement à des prix encore prohibitifs, à une offre qui manque de clarté, et au manque d'information qui plongent les habitants dans ce sentiment de culpabilité : comment faire pour se chauffer "propre" lorsque l'on n'en a ni les moyens, ni la possibilité logistique ? En attendant, de nombreuses propositions sont effectuées autour de l'"architecture bioclimatique" pour répondre à ce besoin. Un habitat bioclimatique est un bâtiment dans lequel le chauffage et la climatisation sont assurés en tirant le meilleur parti du rayonnement solaire, de l'inertie thermique des matériaux et du sol et de la circulation naturelle de l'air. Cela passe par une meilleure mise en adéquation de l'habitat, avec le comportement de ses occupants et le climat, pour réduire au maximum les besoins de chauffer ou de climatiser. Exit donc, les pièces chauffées à 25 degrés lorsqu'il fait -15 dehors, et bonjour aux puits canadiens, système de climatisation naturelle qui se sert de la température du sol pour réguler celle de la maison. De même, les toits végétaux, à installer aussi bien sur les maisons que sur les immeubles, pour ce même principe de régulation. Et enfin, respecter des principes simples de construction, notamment au niveau de l'orientation et des ouvertures : s’ouvrir au sud (apports passifs) pour capter un maximum de lumière et de chaleur gratuite, protéger et limiter les ouvertures au Nord afin de minimiser les déperditions thermiques du bâtiment. De fait pour les ouvertures, il est conseillé de respecter un ratio de surface vitrée d’environ 20 % de à la surface habitable, répartie de manière théorique comme suit : 50 % au sud, 20 ou 30 % à l’Est, 20% à l’ouest, 0 à 10% au nord. Enfin, aménager dans son intérieur des espaces tampons au nord qui permettent de réduire l’impact du froid. Les pièces peu utilisées et à faible température sont à placer de préférence côté nord de l’habitat : ces " zones tampons " seront des intermédiaires isolants entre l’intérieur et l’extérieur, du côté le plus exposé au froid. La salle de bains, le garage, la buanderie, les escaliers, le cellier, les couloirs, constituent des zones tampons idéales (HESPUL). Alors quand on sait qu'un degré fait économiser près de 7% de sa facture énergétique, chaque conseil de bon sens fait écho...
par M.F.
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